La fameuse journée du 4 janvier...
Une carte sera insérée ici
Ce matin, mon doigt a dégonflé. Ça fait beaucoup moins mal et mon index n'est plus raide. On peut donc débrayer facilement. Et le doigt rentre maintenant dans le gant... Après avoir regardé la carte la veille, je me décidai à filer vers le nord puis de bifurquer vers l'ouest par la piste pour aller rejoindre Al Mitlawi en reliant à l'horizontal les route C103 et P3 afin de me ravitailler à Al Mitlawi pour me diriger ensuite vers la piste Rommel.
En quittant Qibili, on est donc à 80km de Gafsa.
Carte et GPS pour la navigation
Je trouve la piste, située entre deux montagnes, comme sur ma carte.
La piste est facile. Ça ressemble à ça (excusez la poussière après quelques minutes) :
https://www.youtube.com/watch?v=s89oIhUIlYo
Donc une piste située entre deux massifs rocheux. Difficile de s'y perdre me direz-vous. En effet, sauf quand la piste aboutit dans... rien.
Ma propre trace
Autre pause biscuit afin de chercher des signes de piste...
je décide d'aller vers le sud, et je croiserai forcément un bout de route. De toutes manières, c'est impossible de se perdre et il me reste beaucoup d'essence et d'eau... et de biscuits qui sourient ;-) Je retrouve en effet une piste et la suit. je m'arrête pour laisser passer un troupeau. Une mère affolée qui vient juste d'accoucher me regarde avec méfiance et essaie de protéger son agneau.
Le troupeau continue à avancer, mais le petit n'est pas très rapide. La mère essaie d'attirer l'attention du berger.
Un peu plus loin, la piste se transforme en route bitumée. En fait, ça n'avait rien à voir avec du bitume. Je me suis arrêté car la moto se baladait un peu trop et je pensait avoir crevé. Non. c'est du cailloux bien billeux...
Route coupée. alors on contourne. Pas une route à faire de nuit...
Je recoupe la route et remonte vers Al Matlawi. Dans mes rétroviseurs, je note une moto qui se rapproche. Nous nous arrêtons mettre de l'essence. C'est un couple d'Italiens qui reviennent justement de la Piste Rommel
Piste Rommel que je ne trouverai pas malgré une passée à la chercher. Alors je continue vers As Sabikah et là commence la montée vers le plateau. Ça monte, ça monte. Ça tourne, ça tourne. Incroyable. Mieux que des montagnes russes. Fantastique. Je comprend pourquoi Rommel a fait construire une route pour y faire passer ses camion. Quel bonheur. je recommande à tous d'enfiler de As Sabikah à Al Rudayif la poignée dans le coin.
Il y a un monument juste avant d'arriver à Al Rudayif
Après Al Rudayif, j'ai le choix de rejoindre Sidi Boubaker, puis Kasserine par la grand route, ou de prendre des petites routes secondaires. Et c'est là que l'aventure commence... ;-)
Voici la dernière photo de la journée... ensuite ce ne sera qu'une suite de péripéties.
L'aventure commence...
Je suis donc à Al Radayif et je dois me rendre à Sidi Boubaker afin d'aller dormir à Subaytilah, encore plus au nord, pas loin après Kasserine. Je veux aller y voir des ruines romaines demain. Et au lieu de prendre la grand route, je décide donc de prendre des routes secondaires et même tertiaires. Mon prochain arrêt sera à Umm Al Arais, un tout petit village, et là je bifurquerai par la petite route. je me rends donc au petit village de Umm Al Arais et trouve la petite route qui longe plus ou moins la frontière algérienne. Cependant il y a un poste de garde. Je m'arrête et le militaire me demande mes papiers. Il est étonné de voir un motard, et avec un passeport canadien. Je lui explique que je me rend à Sidi Boubaker par les petites routes. Il me laisse passer en me précisant de ne jamais prendre de piste et donc de rester sur le bitume. Il me précise aussi que le poste de garde suivant est averti de mon arrivée... je continue donc à travers des paysages magnifiques.
Puis un autre poste de garde. Revérification du passeport et même recommendation (ou plutôt ordre) de ne pas quitter le bitume. Je continue jusqu'à ce que je me trouve à une fourche. je compare mes infos entre le GPS et mes deux cartes. Je devrai tourner à droite, mais je vois des cailloux et du sable, c'est probablement une piste, et je ne dois pas la prendre selon les soldats. Alors je tourne à gauche... Grosse erreur.
Les paysages sont toujours aussi fantastiques. De belles montagnes et un bunker... Quoi? Un bunker? C'est à ce moment que je vois un soldat armé dévaler la pente et courir vers moi. je m'arrête et il me demande mes papiers. Il m'ordonne ensuite de monter au bunker avec la moto en haut du monticule. J'ai l'impression que ces gardes-là n'étaient pas au courant de mon arrivée. Une fois rendu en haut, à côté du bunker, j'arrête le moteur et suis entouré d'une demi-douzaine de gardes. Fusils mitrailleurs au poing. Ils me demandent ce que je fais là. J'explique le voyage. Où j'étais dans le jours précédents. Ce matin. La route que j'ai prise aujourd'hui, et ma destination pour la journée (ou ce qu'il en reste). Un officier est toujours parti avec mon passeport mais un soldat m'explique qu'il est en communication avec le ministre de la sécurité intérieur. Il continue à m'expliquer que nous sommes à quelques centaines de mètres d'un No Man's Land, que la frontière Algérienne n'est vraiment pas loin, et qu'il arrive que des snipers leur tirent dessus. je comprends que le gouvernement tunisien ne voudrait vraiment pas qu'un touriste Canadien se fasse tuer. C'est légitime. Les gardes sont très amicaux et nous discutons un peu. Ils m'offrent des biscuits et du lait. J'explique que j'habite au Canada mais que j'ai grandi à Sfax, et que j'y suis retourné après 47 ans. Tous les gardes sont très gentils, sauf un qui semble avoir une patate dans le rectum. Je sens une certaine agressivité de sa part. Je vois qu'il a le doigt sur la gâchette, et le canon appuyé sur le bout de sa botte. Je suggère de peut-être retirer le canon de la botte , ou le doigt de la gâchette, car un accident est vite arrivé... Il me répond qu'il a mis le cran de sureté...
Une demi-heure plus tard, le haut gradé sort du bunker avec mes papiers et me les rend. Il m'explique qu'il a reçu l'ordre du ministère de l'intérieur de s'assurer que j'arrive en toute sécurité à Subaytilah. Cependant il manque d'effectif pour m'escorter jusqu'au prochain village et que je m'y rendrai seul, mais que là, un camion de l'armée m'attendra et m'escortera. Il m'explique que la route suit un No Man's Land et que des snipers tirent des fois. Et aussi que c'est la tombée de la nuit et que ça devient très dangereux. Je les remercie donc et descend le monticule (en moto) pour prendre la route. Je pars comme une bombe. J'enfile à gauche. J'enfile à droite. La route est très étroite et ça n'arrête pas de tourner, de monter et descendre. je vois le soleil qui se cache derrière les montagnes et la nuit qui tombe. J'ai toujours la poignée dans le coin et le pieds à terre dans les virages. Puis, je monte une côte à toute allure, et une fois arrivé presqu'en haut, j'aperçois un troupeau de moutons et de chèvres en bas alors que je suis à haute vitesse...
Je freine du plus fort que je peux, tout en étant persuadé que j'allais rentrer dans les moutons comme une boule dans des quilles. Finalement, je suis arrivé à ralentir assez, et éviter les moutons. Sueurs froides et pet mouillé assuré... J'arrive au village et au poste de garde. Je redonne mon passeport même si ils sont déjà au courant. Et je continue sous escorte de l'armée jusqu'au village suivant. Au village suivant, le garde me dit qu'on va prendre une piste et que ce sera plus rapide. Je comprends son excitation d'escorter une Africa Twin, mais quand même. J'explique que vu la faible lumière, et que dans ces conditions je ne peux pas vraiment voir où je conduis, il serait préférable qu'on passe par la route. Il insiste. Fortement. Finalement j'abandonne et je suis. Alors là, il fait noir. Je suis une camionnette sur une piste de sable et de cailloux, sans voir où je met la roue, et aveuglé par la poussière soulevée par la camionnette. Et le conducteur qui est persuadé qu'il va gagner le Paris-Dakar... On traverse un village. Une voie ferrée. Des champs. Et on atteint le goudron, où un autre véhicule m'attend. À ce moment ils se fait tard. Les gardes sont persuadés qu'on doit se rendre à 100km de là, et de nuit. J'explique les dangers et propose qu'il serait plus sécuritaire que je passe la nuit dans la prochaine ville, dans n'importe quel hôtel. Coups de téléphone au ministère de l'intérieur à Tunis, et la proposition est acceptée. On roule donc environ une demi heure et nous arrêtons à Thelepte. On s'arrête devant un hôtel et l'officier me dit que c'est là que je dormirai. Cependant, je dois suivre le camion jusqu'au bunker de la garde nationale. Je dois y laisser la moto. Juste à côté des points de garde sécurisés avec fils de fer barbelés et poches de sables, et des minarets. J'y laisse donc la moto, ce qui assure aux gardes que je ne me sauverai pas en pleine nuit... Nous retournons à l'hôtel et prends une chambre avec chauffage, le grand luxe quoi. L'officier s'en va. Je laisse mes affaires et vais en face, dans un restaurant pour y manger. Putain. Quelle journée. Ma petite et humble personne qui dérange le ministre de l'intérieur qui a juré que des têtes rouleront si jamais il m'arrive quoi que ce soit...
Je remonte à la chambre et me plonge dans mon sac de couchage avec ma couverture en poils de burnes de chameaux. Il fait froid. Mais comme je suis épuisé (mais amusé) je m'endors tout de suite et du sommeil des justes. J'adore la Tunisie.
Si vous vous demandez pourquoi il n'y a pas de photos. Disons que ce n'était pas vraiment le moment. ;-)
Bonne nuit.