Jour 5 : chauds les virolos, chauds !
Réveil tardif, c'est bon de prendre son temps en vacances. On observe un petit groupe de motards qui se préparent à partir quand on déjeune. Ils ont de la bouteille, plus près de la retraite que nous, en espérant qu'ils y arrivent, les quatre sont un livre ouvert sur les méfaits du tabac. Arrivent deux filles d'une vingtaine d'années, l'une sur un vieux Vespa, l'autre sur une sorte de petit trail de 50cm², 125 grand max. Elles ont pour bagagerie une cagette en plastique accrochée avec des tendeurs mais semblent voyager. Improbable et marrant. Celle du Vespa béquille en premier pour filer un coup de main à sa copine qui semble-t-il ne peut pas se débrouiller seule avec sa bécane trop haute pour elle. Cette dernière, habillée en tenue de pluie alors qu'il fait déjà 30° à l'ombre vient vers l'auberge pour réclamer les chiottes. Bon, c'est rigolo tout ça mais il est super tard et on a un peu de route !
Vu le temps, j'ai prévu le coup et j'ai trempé un coup mon gilet rafraîchissant dans le lavabo de la chambre et l'ai mis à égoutter sur un cintre. Talc glamour, tout faire rentrer dans les valoches, le petit rituel commence à être rôdé.
On règle la note, the Lannister always pays his debts

, et record une nouvelle fois battu pour le départ, mais cette fois ci dans l'autre sens : 10h20.
On entame par la route sud du Verdon, c'est encore majestueux, j'ai toujours envie de rouler et pas de m'arrêter. Mon but est d'arriver à Cucuron dans le Luberon pour y manger à midi. C'est la petite surprise du chef, on y avait passé des petites vacances avec Réalité il y a une petite dizaine d'années et on avait adoré. Surprise qui n'en est plus vraiment une, il a fallu que je lui crache le morceau quand la faim du midi a pointé le bout de son nez. Une Réalité qui a faim est une Réalité dangereuse. Ne pas lui tendre une main, s'éloigner en reculant tout en soutenant son regard et prononcer des phrases clé : j'ai envie de refaire la cuisine et plein d'autres travaux, je souhaiterais m'impliquer plus dans la gestion du linge...
Bon là, on est sur une moto, elle est dans mon dos, je ne peux pas vraiment la regarder donc je préfère user de diplomatie pour la faire patienter, et ne pas faire de mystère, ce n'est pas une grande adepte des surprises.
Nous arrivons donc à Cucuron vers 13h, le resto que nous avions tant aimé est toujours là, ouvert le midi, et y a de la place. Même si le proprio a changé depuis peu, on ne résiste pas à cet instant nostalgie.
Un plat frais plus tard, nous partons à la recherche d'un producteur d'huile d'olive dans l'arrière pays. Un peu de piste caillouteuse, je fais pas trop le malin compte tenu du chargement et des 37° à l'ombre, mais impossible de retrouver cette baraque. Tant pis, de toutes façons, je ne sais pas où on aurait mis les bouteilles.
Du Luberon, on remonte quasi plein nord. Ouf ! Le sud au mois d'août est un peu hostile pour ma peau laiteuse et mes rondeurs pleines de charme, même si le gilet est bluffant d'efficacité !!
Enfin on ne va qu'en Drôme provençale, c'est pas le cap nord non plus ! Traversée du parc régional du Luberon
(au fait, pour les ignares, on dit "Lubeuron", y a pas d'accent sur le e et la consonne qui suit n'est pas doublée) 
, passage par Apt, aucun intérêt, les petites routes viennent après. C'est beau et chaud (contrepèterie belge)

, on voit le Ventoux qui n'a pas un poil sur le caillou, alors on se demande ce que tout le monde lui trouve. L'étape du soir est à Buis-les-Baronnies en chambre d'hôtes. On y arrive, posons la moto, je me sens un peu en décalage avec ma moto moche et pratique, y a des grosses bagnoles dont une qui a ramené une Harley sur une remorque. Salut v'là les crasseux !
Nous faisons connaissance avec notre hôte et on se dépêche de filer à pieds vers la ville, petite marche rapide d'une quinzaine de minutes qui fait du bien, pour foncer voir le marché de la laine... youpi...
Pendant que Réalité fait le tour des stands, je vais refaire le plein de biftons au mur à thunes. Je tombe sur des contorsionnistes qui s'échauffent sur "Marcel" de Boby Lapointe. Je note l'horaire de leur spectacle et retourne auprès de ma blonde à la chevelure couleur Guinness (ça existe comme genre la poésie de comptoir ?) qui s'est bien fait chier à son marché qui n'offre rien d'exceptionnel. Je la crois sur parole, je ne suis pas dans mon domaine de prédilection.
Petit tour en ville, j'adore l'ambiance de ce patelin. Un chanteur de rue avec sa violoncelliste, des gens qui discutent avec le sourire, c'est difficile à décrire mais j'adore l'ambiance de cette ville. A 18h, nous sommes devant les contorsionnistes, y a quelques loupés mais elles nous collent la banane, même les vieilles acariâtres qui commentent tout derrière nous ne nous la retire pas. J'avoue que dans ces situations, je rêve d'une apparition de
Joe la Mouk...
Retour chez nos hôtes, on profite de la table d'hôtes et de discussions animées. Le mari de la propriétaire nous place une petite remarque raciste pour s'affirmer comme français moyen. Je suis de bonne humeur et ça me glisse dessus. Pas de bagarre ce soir !
Lit à baldaquin et petit scorpion séché dans la piaule (je n'en avais jamais vu).
Buonanotte !